COVID-19 et schizophrénie

Mai 5, 2020 par

En cette période d’épidémie de COVID-19, les patients atteints de schizophrénie doivent faire face à de multiples défis. Plus facilement exposés au virus, à risque de complications en cas d’infection, ces patients doivent non seulement faire face au COVID-19 mais également à leur propre pathologie, que le confinement met à rude épreuve.

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Un risque d’infection par le COVID-19 plus élevé pour les patients schizophrènes

Les mesures de distanciation sociale et le respect des gestes barrières mis en place afin d’aplatir la courbe du nombre de cas du COVID-19 peuvent être plus difficiles à respecter pour les patients atteints de schizophrénie, les rendant ainsi plus susceptibles d’être contaminés. En effet, la schizophrénie se caractérisant par des altérations de la lucidité et de la capacité à prendre des décisions, l’application de ces mesures préventives demande aux patients un effort cognitif et une hyper vigilance, ce qui en complique l’adhérence. De façon globale, les patients schizophrènes ont également de plus grandes difficultés à adopter des pratiques d’hygiène adéquates, notamment en ce qui concerne l’hygiène buccale, ce qui pourrait accroître leur vulnérabilité aux maladies respiratoires.

Par conséquent, une altération du jugement associée une mauvaise prise en charge de soi, deux caractéristiques couramment observées dans la schizophrénie, peuvent entraver le respect des recommandations sanitaires et résulter en un risque de transmission du COVID-19 plus élevé dans cette population.

En outre, les personnes atteintes de schizophrénie sont surreprésentées dans les populations vulnérables et précaires, notamment chez les détenus, les personnes sans domicile fixe ou les personnes vivant dans des logements collectifs. Pour ces groupes de personnes, la distanciation sociale relève de l’impossible et les risques de transmission du COVID-19 sont donc plus élevés que dans la population générale.

Par ailleurs, la précarité des personnes atteintes de schizophrénie est associée à un mauvais accès aux soins médicaux et à un manque d’information qui peuvent contribuer à une identification tardive des symptômes du COVID-19 et à une prise en charge retardée.

La schizophrénie comme facteur de risque de complications sévères du COVID-19

Outre les facteurs pouvant retarder le diagnostic et la prise en charge des patients schizophrènes atteints du COVID-19, ceux-ci sont également plus susceptibles de développer des complications sévères. Des données précoces mais robustes indiquent que la mortalité associée au virus est

particulièrement élevée chez les patients ayant des comorbidités, notamment des maladies cardiovasculaires, un diabète ou des maladies respiratoires chroniques. Or, plus de 70 % des patients schizophrènes présentent également une ou plusieurs de ces pathologies, les rendant ainsi plus susceptibles d’avoir un pronostic plus sévère.

De même, plusieurs autres facteurs exposent les personnes atteintes de schizophrénie à des risques de complications plus élevés. Elles connaissent notamment des disparités importantes dans l’accès aux soins de santé, liées en partie aux effets de la stigmatisation sur la recherche d’aide médicale et à la discrimination lorsqu’elles accèdent aux soins. Elles sont également plus susceptibles d’être sous-diagnostiquées, de ne pas bénéficier d’un dépistage et globalement de recevoir des soins de moins bonne qualité.

Un risque de rechute plus élevé en période de confinement

Au-delà du risque d’infection par le COVID-19, la schizophrénie est une maladie dont les symptômes peuvent être aggravés par la crise actuelle. En effet, le confinement, les gestes barrière et autres distances de sécurité peuvent favoriser la perception d’une hostilité ou l’impression de persécution. Le contexte actuel peut également aggraver l’isolement social et le repli sur soi, autres symptômes de la schizophrénie, et engendrer de multiples émotions négatives : anxiété, colère, lassitude, ennui, perte de repères, perte de l’envie, de la motivation ou difficultés de projection dans l’avenir. Il a également été montré que le soutien social ainsi que de simples contacts dans les pharmacies, les épiceries, les cafés et autres lieux sociaux étaient associés à un meilleur rétablissement et à une meilleure intégration des patients schizophrènes dans leur communauté. L’équilibre des patients est donc mis en danger par l’interruption de ces contacts occasionnels, les repliant encore un peu plus dans la solitude.

En outre, la crise du COVID-19 est venue bouleverser les soins d’une grande partie des malades. Des hôpitaux de jour ont fermé, des activités ambulatoires ont été arrêtées, et la majorité des consultations se font désormais par téléphone ou vidéoconférence. Tout ceci contribue à compliquer le suivi de patients déjà vulnérables. Le manque d’accès aux interventions psychosociales habituelles et la difficulté à se procurer les traitements peuvent conduire à une mauvaise adhérence, et ainsi augmenter le risque de symptômes psychotiques.

De façon générale, un changement soudain dans la délivrance de services de santé mentale est susceptible d’entraîner un désengagement aux soins, une non-adhérence au traitement et de générer de la détresse chez les patients schizophrènes, le tout conduisant à une décompensation et à une rechute.

Des conseils à destination des patients et accompagnants pour surmonter cette crise

Afin de gérer au mieux la crise actuelle liée au COVID-19 qui peut être source d’anxiété et de mal-être pour les patients schizophrènes, il est important de :

  • Limiter l’isolement social : garder contact avec ses proches en communiquant régulièrement par téléphone, visioconférence, messages, etc.
  • Limiter l’impact négatif du confinement : se rappeler qu’il s’agit d’une situation temporaire, prendre soin de soi, se divertir, pratiquer une activité physique, privilégier une alimentation équilibrée et un mode de vie sain.
  • Maintenir la continuité du suivi psychiatrique : prendre le traitement tel que prescrit habituellement, respecter les suivis prévus, contacter par téléphone le médecin psychiatre référent en cas d’apparition ou d’aggravation de symptômes psychiatriques (en cas d’impossibilité́ et d’extrême urgence psychiatrique, contacter les structures d’urgence habituelles).
  • Lutter contre le coronavirus : appliquer les gestes barrières et respecter les consignes applicables en cas de symptômes grippaux.

En cas de symptômes grippaux :

  • Au moindre symptôme de fièvre (frissons, courbatures) et/ou d’infection pulmonaire (dyspnée, toux, maux de gorge), appeler son médecin.
  • En cas de difficultés respiratoires ou de malaise : contacter le 15.
  • En cas de fièvre, ne pas prendre d’anti-inflammatoire type ibuprofène, kétoprofène ou diclofénac.
  • Si vous avez des questions concernant le coronavirus : contactez le 0800 130 000 (appel gratuit)

Coralie D., Attaché Scientifique

– Schizophrénie et COVID-19. FONDATION FONDAMENTALE. Consulté le 29 avril 2020.
– Coronavirus COVID 19 : les malades psychiatriques, ces oubliés de la crise. FRANCEINFO. Consulté le 29 avril 2020.

Coralie D.
Coralie D.
Attaché Scientifique
Spécialiste de l’information médicale et des neurosciences.
Passionnée par les domaines de la conscience, de la psychiatrie et de la santé en général.

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